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Monsieur Michel Delaborde |
Monsieur,
J'accuse réception de votre réponse du
Malheureusement, vous évitez les points soulevés dans ma lettre,
c'est-à-dire :
1. Le génocide du peuple karen. Prière de vous référer à l'article 2 de la Convention Internationale sur le Génocide, et les rapports des Nations Unis, de la Fédération International des Droits de l'Homme, Karen Human Rights Organisation, Karen Solidarity Organisation, Organisation Internationale du Travail, Amnesty International, EarthRights International, etc. (On aurait aussi pu faire mention des massacres perpétrés contre les Karenni, les Shans, et les Rohingyas, qui, même s'ils n'habitent pas la région du gazoduc, subissent le même genre d'atrocités à des fréquences accrues, depuis la colossale augmentation en puissance de l'armée birmane dont vous êtes, en tant que premier investisseur étranger, le premier responsable).
2. Le soutien de la dictature militaire la plus répressive et la plus sanglante au monde. Sans votre apport financier, et le chemin que vous avez frayé pour d'autres investisseurs étrangers, il est probable que la junte - au bord de la faillite, malgré les revenus de la drogue (dont le blanchiment a été largement servi par vos versements en devises) - eut été contrainte à céder la place au gouvernement légal, démocratiquement élu par la vaste majorité des habitants de la Birmanie.
Non seulement votre décision d'investir en Birmanie au moment donné était on ne peut plus antidémocratique, mais vous avez beaucoup de sang sur les mains, puisque c'est vous qui financez les bourreaux. Et cela en toute connaissance de cause. On n'investit pas - me semble-t-il - des sommes faramineuses sans avoir bien étudié au préalable tous les aspects de la situation.
Mais pour venir aux points que vous soulevez :
On n'a jamais douté qu'il y ait quelques individus qui profitent de votre gazoduc, des gens qui vous sont proposés par le MOGE, instrument à part entière de la junte.
On sait que les villageois qui ont été utilisés par vous sous votre surveillance directe, même si obligés de travailler par votre proche collaborateur, l'armée birmane, ont été payés, et bien payés selon les normes du pays. Seulement, l'inconvénient, c'est que l'armée birmane vient derrière récupérer les sommes versées. Les travaux forcés (oui, travaux forcés) ne sont pas du tout rémunérés quand vos surveillants ne sont pas là, et le sont ni pour les travaux d'infrastructure (construction de routes, de casernes, etc) ni pour le portage pour l'armée. Parfois, la séquestration des villageois par l'armée est d'une telle durée qu'il serait plus réaliste de parler d'esclavage. Leurs maîtres, les soldats birmans, n'hésitent pas à torturer et à abattre les civils quand l'envie leur prend. Ils n'ont à craindre aucune sanction, puisque cela fait partie de la politique de terreur des dirigeants de l'armée, c'est-à-dire du "gouvernement".
Pour la population locale il y a régression économique à cause du temps non rémunéré qu'elle est obligée de donner mais surtout à cause d'une taxe, l'extorsion, (y compris la "taxe du gazoduc", particulière à cette région) imposée par l'armée birmane, par vos "bataillons Total" - ah ! oui, ces mêmes que vous subventionnez. L' extorsion d'argent et des vols de récolte, du bétail, des biens, et des terres ont réduit les habitants à une pénurie extrême et ont disloqué toute l'économie locale.
Dans ce contexte, comment osez-vous parler de votre "programme d'accompagnement socio-économique"? Je donne la parole à un habitant de la région : "C'est comme si on jetait un os à un chien."
Avant qu'il soit question de construire votre gazoduc, la région était en grande partie tenue par la 4e Brigade de la KNLA, force de défense des Karens, sous contrôle de la Karen National Union (KNU). Votre intervention, accompagnée de l'installation définitive et in extenso de l'armée birmane, a très gravement nuit à la population.
Ces faits ne vous concernent évidemment pas, et vous allez continuer à ne rien savoir, aussi longtemps que votre prétendu intérêt l'exige. Le jour où vous ne pourrez plus nier les faits vous direz "on ne le savait pas" (cette phrase vous rappelle quelque chose?) TotalFinaElf continuera à déshonorer la France aussi longtemps qu'il persistera dans cette voie. Plus longtemps il persistera, plus il fera du mal à ses intérêts à long terme.
Non, Monsieur, votre réponse ne me satisfait pas du tout. La lutte continue, pour la dignité et le respect des êtres humains, en Birmanie, en France, et ailleurs.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.