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Madame, Monsieur,
Nous avons bien reçu votre lettre et vous en remercions.
A sa lecture, il nous semble cependant que notre projet gazier au Myanmar ("Yadana") ne vous est pas bien connu. Ainsi, nous nous permettons de vous faire parvenir, en annexe à cette lettre, un document décrivant de manière assez complète, les différents aspects de ce projet dont la construction est terminée depuis juillet 1998.
En espérant que ce document vous permette de mieux apprécier les réalisations tant industrielles que socio-économiques mises en oeuvre à l’occasion de notre chantier, je reste à votre disposition, ainsi que les membres de notre Service de presse (Eve Gauthier ou Jean-Mary Castillon: 33 (0)1 47 44 47 45) pour tout complément d’informations que vous pourriez désirer.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Michel Delaborde
Adresse postale: 2, place de La Coupole - La Défense 6 - 92078 Paris La Défense Cedex
Tél. + 33 (0)1 47 44 45 46
TOTAL FINA ELF SA. - Siége social : 2, place de La Coupole - La Défense 6 - 92400 Courbevoie - France
Société Anonyme au capital de 7 222 036 790 euros - 542 051 180 RCS Nanterre
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TOTAL le 4 novembre 1998
Direction de la Communication
TOTAL a signé en juillet 92 avec la Compagnie d'Etat du Myanmar MOGE (Myanmar Oil and Gas Enterprise) un contrat de partage de production en vue de développer Yadana, un champ de gaz situé en mer dans le golfe de Martaban, à environ 70 km des côtes birmanes. Une campagne de forages conduite en 1993 a donné des résultats très positifs, permettant d’évaluer les réserves de gaz naturel à plus de 5 TCF (soit 140 milliards de métres cubes), ce qui fait de Yadana un champ géant.
Les négociations menées depuis février 93 avec la compagnie d’Etat thaïlandaise Petroleum Authority of Thailand (PTT) désireuse d’importer du gaz naturel pour l’alimentation de centrales électriques ont abouti à la signature d’un contrat de vente de gaz le 2 février 1995.
A la fin de l’année 1995, MOGE est entrée dans ce projet à hauteur de 15 %, ce qui porte les pourcentages d’intérèts des partenaires à
TOTAL 31 ,2 % opérateur (qui conduit les opérations)
UNOCAL 28,3 % compagnie pétrolière américaine très présente dans le golfe de Thaïlande.
PTT EP 25,5 % compagnie nationale thaïlandaise (filiale de l’acheteur du gaz).
MOGE 15,0 % compagnie nationale birmane.
Le coût du projet est de 1 milliard de $.
Dans sa majeure partie, le gaz est destiné à la Thaïlande pour alimenter une centrale électrique de 2 800 mégawatts au nord-ouest de Bangkok. Le cinquième environ de ce gaz alimentera le marché domestique birman qui manque d’énergie de façon chronique.
Au total, la production du champ de Yadana doit s’élever à 650 millions de pieds cubes/jour dont 80 % pour la Thaïlande et 20 % pour la Birmanie.
Le chantier a consisté en
• Des installations en mer: deux plates-formes de forage multi-puits, une plate-forme de production et une plate-forme réservée aux quartiers d’habitation.
• Un gazoduc d’exportation sous-marin de 346 km, du champ offshore jusqu’à la côte birmane.
• Un gazoduc terrestre de 63 km en territoire birman de la côte jusqu’à la frontière thaïlandaise.
• Un gazoduc terrestre en Thaïlande long de 240 km, depuis la frontière jusqu’à la centrale de Ratchaburi à l’ouest de Bangkok. Ce gazoduc qui ne fait pas partie du "chantier de Yadana" est réalisé sous l’entière responsabilité des Thaïlandais.
La construction du gazoduc terrestre a mobilisé d’importants moyens, techniques et humains. Empéchant toute poursuite des travaux, les périodes de moussons ont imposé un calendrier de chantier sur trois saisons sèches.
La première (octobre 1995 à mai 1996) a vu la réalisation des principales infrastructures : une base vie, un terrain d’aviation, un débarcadère ainsi que deux grands ponts, permettant de franchir les principaux fleuves (Heinze et Tavoy).
La deuxième saison sèche (octobre 1996 à mai 1997), consacrée à la pose des 63 km de gazoduc en territoire birman et à l’avancement de la route de service (41 km), a entraîné la plus forte mobilisation en personnels : jusqu’à 2 500 personnes, dont 2 200 nationaux.
La troisième saison sèche (octobre 1997 à mai 1998) a permis la contruction de la station de contrôle et de la station de comptage, ainsi que l’achèvement de la route de service.
Parallèlement au chantier terrestre, la partie offshore du projet a nécessité un assemblage complexe des différents éléments dans un calendrier serré. Après avoir été fabriqués à Batam (Indonésie), les jackets (infrastructures) et les différents ponts de plates-formes ont été installés, au printemps 1997 et début 1998. Parallèlement, les 346 km de la partie sous-marine du gazoduc étaient posés.
Enfin, en juin 1998, les installations étaient livrées aux équipes opérationnelles, prêtes à produire le gaz.
Début juillet 1998, le projet était terminé selon le calendrier prévu.
Un retard dans la construction de la centrale électrique en Thaïlande a empêché le démarrage de la production en juillet 98. Celui-ci est prévu pour 1999 et pour une durée de 30 ans.
Au-delà de l’importante mobilisation de moyens techniques et humains, Yadana s’est également construit autour d’une volonté : l’intégration des Birmans tout au long du chantier. La deuxième saison sèche a ainsi vu la participation au chantier de 2 200 nationaux (soit 88 % du personnel), parmi lesquels 950 - parmi les 3 000 candidats - furent recrutés dans la région de construction du pipeline. En faisant appel aussi largement que possible à la main d’oeuvre locale, les différentes entreprises associées au projet ont apporté des ressources substantielles aux populations voisines du gazoduc. Des comités de communication mis en place par TOTAL dans les treize villages situés à proximité du parcours, ont joué un rôle majeur dans ce sens. Par ailleurs, la volonté de voir la production démarrer avec un personnel d’exploitation composé à plus de 80 % de nationaux a amené TOTAL à recruter 74 techniciens birmans en 1995. Après avoir suivi à Yangon une formation longue durée (octobre 1995 à décembre 1997) spécialement aménagée à leur attention, ils ont découvert, à l’issue du cycle théorique, la réalité opérationnelle de leur métier dans différentes filiales du Groupe (Indonésie, Abu-Dhabi, Thaïlande, Mer du Nord). Depuis le 1er juillet 1998, ils opèrent l’ensemble des installations "offshore" et "onshore" de Yadana. Le 1er janvier 1999, 85 % de nationaux tiendront les différents postes techniques d’exploitation.
Un ambitieux programme d’accompagnement socio-économique
L’intégration du chantier au niveau local a constitué la seconde grande priorité de TOTAL. En 1995, un vaste programme d’actions socio-économiques, d’un coût global de six millions de dollars, a ainsi été conçu puis mis sur pied dans le cadre d’un plan sur trois ans. Elaborées en étroit partenariat avec les populations concernées, toutes les actions qui l’ont composé avaient
vocation à être autosuffisantes à terme.
Ce programme socio-économique a concerné 4 domaines:
• L’éducation qui s’est révélée être une priorité des villageois: 16 écoles (dix construites, six rénovées) forment l’infrastructure de la région. Du matériel éducatif et des équipements sportifs ont été fournis à chacune d’elles. 5 500 enfants y sont scolarisés.
Différentes actions ont été également mises en place pour garantir la qualité de l’enseignement. Ainsi dans le cadre d’une aide au maintien de l’emploi des professeurs, 143 enseignants reçoivent chaque année un soutien financier.
• La santé: Dix-neuf médecins ont été recrutés afin de garantir la présence permanente de treize d’entre eux (un par village). En 1997, ces médecins ont donné 51 000 consultations (contre 23 000 en 1996). Impliqués dans différents programmes (vaccination des enfants, prévention du paludisme, développement de l’hygiène, éducation sanitaire...), ils ont parallèlement assuré la formation de 67 assistants sanitaires, chargés de prolonger leur action sur le terrain.
• L’aide au développement: Favoriser le développement économique local en faisant des habitants ses acteurs majeurs, tel est le principe du "pied à l’étrier" qui a été retenu et qui a permis d’aider, par une assistance technique, logistique ou financière, les différentes communautés à développer les projets économiques de leur choix, dès lors que ces derniers pouvaient devenir autosuffisants à court ou moyen terme.
Le projet Yadana a ainsi incité des centaines de villageois et d’agriculteurs à mettre en place et à exploiter de nouveaux élevages (crevettes, vaches laitières, porcs, chèvres, poules et poulets) et cultures (arboriculture de diverses variétés, cultures fourragères...).
Parallèlement, un système de prêts, mis en place au cours de l’été 1997, a favorisé la création et le développement d’un certain nombre d’activités traditionnelles (achat par les pêcheurs du village de Daminseik de filets supplémentaires, développement d’un atelier de couture au village de Tchechaung).
Une campagne de vaccination vétérinaire a également été entreprise. Pilotée par cinq vétérinaires recrutés à cette fin, elle a permis de traiter plus de 4 000 animaux entre 1996 et 1998 et d’initier les fermiers aux soins animaliers élémentaires.
• De nouvelles infrastructures locales : Vingt-quatre kilomètres de routes, construits ou réhabilités lors de la première saison des travaux, ont permis de désenclaver notablement une grande partie de la population. En plus des deux ouvrages d’art destinés à franchir les rivières Heinze et Tavoy, neuf ponts ont été construits de 1996 à 1998.
En matière de services publics, Yadana a permis de desservir en énergie électrique les villages le long de la route du pipe.
a) - Les allégations de travail forcé:
Sur aucun de nos chantiers dans le monde, il n’est imaginable que TOTAL ait recours soit directement, soit par l’intermédiaire de ses sous-traitants, à quelque forme que ce soit de travail forcé.
Dans le cas de Yadana, tous les travaux liés au projet, c’est-à-dire aussi bien les infrastructures (nettoyage de terrains, nivellemqnt, route, embarcadères, pistes d’atterrissage...) que la pose du gazoduc elle-même, se sont faits sous le contrôle opérationnel de TOTAL qui a fait appel à des sociétés internationalement reconnues, contractuellement tenues de respecter le code de conduite de TOTAL. Ces sociétés s’adressent à de la main d’oeuvre locale, exclusivement adulte, volontaire et rémunérée. Les conditions de respect des droits de l’Homme et du travail sont en tout point équivalentes à celles que nous appliquons partout dans le monde.
NB. : Le gazoduc terrestre de 63 km est composé de 5 134 tubes d’acier de 90 cm de diamètre, de 12 mètres de long et de 5 tonnes chacun. La pose de ce gazoduc a employé 2 500 hommes sur le chantier et 700 engins mécanisés.
b) - Les accusations de déplacements forcés de populations
Depuis la conclusion des premiers accords relatifs au développement du gaz de Yadana (1992), il n’y a pas eu dans la région du projet de TOTAL le moindre déplacement de population. Il n’aurait d’ailleurs pas eu lieu d’être, puisque le tracé retenu pour le gazoduc évitait tout village.
Il peut arriver - comme sur n’importe quel chantier de grande envergure à travers le monde - que le pipeline traverse des portions de terres cultivées. Bien entendu, dans ce cas, TOTAL et ses partenaires indemnisent largement les personnes concernées y compris quand celles-ci ne disposent pas de documents de propriétés écrits.
c) - L’amalgame entre le gazoduc et le chemin de fer Ye-Tavoy
Les méthodes utilisées pour construire ce chemin de fer ont été parfois dénoncées (recours à des travailleurs forcés). Mais il faut savoir que ce chemin de fer n’a rien à voir avec le projet gazier:
- C’est un projet ancien (datant de l’époque coloniale), destiné à prolonger vers le Sud une ligne existante afin de désenclaver cette région isolée, et qui suit un tracé Nord-Sud, alors que le gazoduc suit un tracé Ouest-Est.
- Techniquement, ses capacités sont inadaptées au transport d’éléments de très grande taille utilisés dans un chantier de ce type. Les équipements sont acheminés par barge, puis débarqués sur une base logisitique construite spécialement à cet effet. Ils sont ensuite transportés par camions sur le chantier de construction.
- La pose du gazoduc a été achevée en mai 1997 alors que le chemin de fer était encore à l’état de chantier dans cette région.
Nous sommes conscients des difficultés qu’éprouve le Myanmar.
TOTAL a un code de conduite très clair.
TOTAL n’envisage de travailler dans un pays que si les deux conditions non négociables suivantes sont respectées
1) Les instances légitimes internationales autorisent les investissements dans ledit pays. Il n’est évidemment pas question pour TOTAL d’enfreindre des règles édictées par l'ONU, l’Union Européenne, ou la France.
2) TOTAL a l’assurance de conduire ses opérations dans le pays et plus généralement tout ce qui relève de sa responsabilité, conformément aux standards internationaux. Ainsi TOTAL veut pouvoir recruter le personnel nécessaire au chantier, le payer normalement, veiller à lui fournir une couverture sociale et médicale, respecter l’environnement...
Ensuite se pose la question de savoir si un industriel peut investir dans un pays considéré comme non démocratique.
1) TOTAL est un industriel et en tant que tel, n’a pas à se substituer aux organismes internationaux type ONU pour juger du caractère éligible d’un pays à ses investissements.
2) Parallèlement, nous sommes d’ailleurs convaincus qu’une attitude d’engagement constructif accélère le progrès économique et social d’un pays alors que l’histoire semble démontrer que les politiques d’isolement constituent généralement des freins aux évolutions et ont pour conséquences essentielles de nuire aux populations concernées.