enquête d'Alan Clements, « Dossier Noir Birmanie » :

Un porteur évadé raconte ...

Les soldats du SLORC pénétrèrent dans notre village, tuant des habitants au hasard. Les autres se livraient à des viols collectifs sur nos femmes et nos filles — et particulièrement sur les plus jeunes. Nous fûmes des centaines à essayer de nous enfuir mais les soldats avaient encerclé le village. La plupart des hommes, mais de nombreuses femmes aussi, ont été rassemblés comme un troupeau et informés qu'ils étaient désormais des porteurs. Nous n'avons rien pu emporter sauf les vêtements dont nous étions vêtus.

Pendant les deux mois suivants, chacun de nous a dû charrier de lourdes charges de munitions. J'ai transporté quatre lanceurs de grenades (25 kilos environ) sur des chemins de montagne escarpés. Nous étions souvent battus à coups de crosse ou de gourdin. Nourris d'un peu d'eau et de riz à moitié cuit une seule fois par jour — parfois un jour sur deux—, nous étions très affaiblis et malades. Après quelques semaines, vivre ou mourir nous était indifférent.

J'ai vu beaucoup de mes camarades tomber malade.

Souvent, les soldats du SLORC poussaient nos camarades épuisés à coups de bâton dans les ravins et les abandonnaient à la mort. Beaucoup étaient battus au visage à coups de crosse jusqu'à la quasi-inconscience; les soldats les recouvraient alors de feuilles et y mettaient le feu. D'autres étaient simplement abattus.

Notre groupe comptait environ 80 femmes. La nuit, nous étions séparés de force. Les soldats du SLORC prenaient les filles qu'ils avaient choisies. Certaines femmes ont été violées jusqu'à huit fois de suite ; nous entendions leurs cris et leurs plaintes mais nous ne pouvions rien faire. Mon épouse est disparu en chemin. Elle pourrait faire partie des femmes mortes d'hémorragie consécutive à des viols répétés.



Alan Clements : «Dossier Noir Birmanie», Editions Dagorno, 9 passage Dagorno, Paris XX
http://www.ladylong.com/pcom/default.shtml





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