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Il arrive aux grandes nations de se montrer mesquines par jalousie. La France vient d'en apporter la preuve au terme de la Conférence de Varsovie [sur la démocratie], en refusant, seule parmi plus de 100 pays participants, de signer la déclaration de principe finale.
La France, avec la Révolution de 1789, qui renversa la monarchie et abolit les privilèges de l'aristocratie, fut l'un des fers de lance du mouvement mondial en faveur de la démocratie. L'idée de liberté y a été consacrée par une charte des libertés fondamentales publiée la même année, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Ce texte affirmait l'égalité de tous les citoyens et leur droit d'élire leurs représentants, proclamait la liberté d'opinion et d'expression, et réclamait l'adhésion à l'Etat de droit. Ses exigences retentissantes ont inspiré les démocrates dans le monde entier dès la fin du XVIIIe siècle, renforçant les idées de la révolution américaine [de 1776]. La déclaration de Varsovie réaffirme certains de ces mêmes principes pour le XXIe siècle. Elle énonce que le pouvoir émane de la "volonté populaire", que toute personne a droit à "l'égalité devant la loi" et à "la liberté de pensée, de conscience et de culte". S'il manque dans ce nouveau texte un peu de la ferveur et de la pureté de la Déclaration de 1789, il a ceci de précieux que plus de la moitié des gouvernements de la planète, y compris certaines démocraties encore incertaines, s'y sont engagés sur un ensemble de principes définissant une société démocratique.
Pour justifier son refus de signer la déclaration, Paris fait valoir que la démocratie ne saurait être imposée par des pays extérieurs, fussent-ils animés des meilleures intentions. Mais, en réalité, la France n'a pas digéré le fait que Madeleine Albright, secrétaire d'Etat américaine, ait joué un rôle de premier plan dans l'organisation de la conférence. La fierté française ne pouvait supporter ce leadership américain à Varsovie.